Denis Protéor

Une oeuvre est un organisme puis une créature qui apporte des éléments nouveaux pour tenir la main de son auteur face au Mystère.

02 août 2009

CARTOGRAPHIE DE L'ARCHER-ARCHITECTE

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01 avril 2009

Cérémonie !

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24 février 2009

FERVET OPUS

Quelle morgue?

Confidentiel. Le secret est aussi fort que le hasard. Et je suis sûr de mon secret.


Et l'autorisation ?

Oui bien sûr, j'ai eu l'autorisation surtout de la part de celui qui m'a introduit. Je l'appelais le Chaman Caché. Parce qu'il m'a vraiment initié à un monde qui m'était totalement étranger. Je ne savais rien du monde des morts quand je suis entré pour la première fois dans les morgues. Je n'avais jamais vu un cadavre.


Quelle est cette envie d'aller là-bas ?

A l'époque j'avais décidé d'arrêter de travailler avec les enfants. (Denis a été éducateur pour enfants pendant 10 ans dans 10 villes de banlieue) Et déjà j'avais commencé mon exploration des forêts, qui m'a pris une douzaine d'années, et a continué bien après, il me semblait qu'il y avait un vide, donc j'errais. Et tout à coup, j'ai rencontré cet homme-là. Nous avons discuté et il m'a demandé de filmer son chien. Donc j'ai filmé son chien. Etant compétent dans l'acte de filmer, je vais filmer son chien ! Le film lui a beaucoup plu et il m'a dit, «  Ca t'intéresserait de venir voir où je travaille ? » J'ai répondu oui bien sûr, et il m'a donné rendez-vous dans une morgue. Je ne savais pas au début où il m'emmenait ! Confiance, les hommes étranges se reconnaissent les uns les autres. Quand je suis entré pour la première fois dans une morgue, silence total. Parfois interrompu par le bruit des compresseurs qui pompent l'air froid. Et les bruits métalliques, chutes et heurts des instruments chirurgicaux sur les tables en inox, dits « marbre ». Et pour la première fois, j'ai vu ces fameux corps allongés, ces horizontales qui n'en finissent jamais... « Tu peux faire des photos mais il faut ne reconnaitre personne. » m'a dit le Chaman Caché.


Et la peur ?

Dès que je suis entré, je ne sais pas si ça tient au fait que je venais de quitter les enfants – je ne sais pas si tu as côtoyé pendant très longtemps des enfants – les enfants t'imprègnent énormément et quand je les ai quittés au bout de 10 ans j'étais comme mort. Les avoir quitté c'était terrible, leur protecteur pendant si longtemps, je devenais orphelin ! mais je sentais qu'il fallait le faire. Une page était tournée. Et devant moi une nouvelle lanterne, un monde totalement inconnu. Cela m'a complètement remis d'aplomb, réveillé. Mes mécanismes d'enquêteur ont ressurgi . Tout de suite je me suis dit qu'il fallait photographier pour voir après l'intensité (car l'intensité reste proche de l'ivresse et l'ivresse dans ses indifférences aveugle, occulte tant les détails qu'il ne demeure rien ou seul l'essence, si difficile à vivre) et non pas pour revoir, il faut revenir à telle date, faire ci, faire ça... Et mon chaman m'a dit, si tu ne fais pas de cauchemars pendant toute la semaine, tu peux revenir. Je n'ai fait aucun cauchemar.

(Pendant la conversation une vidéo de Denis sur un écran )

C'est extrait d'une de mes cérémonies. Une de ces cérémonies durant lesquelles je recherche l'état second. Là c'était avec Joice, elle est brésilienne, comédienne et elle a surtout inventé un clown. Pour inventer son clown elle a pratiqué des stages qui mêlaient théâtre et vaudou. Cent pour cent Brésil. Elle a une formidable facilité à entrer complètement dans un autre monde.

Et tu entres en transe avec la fille pendant la cérémonie ?

Je n'agis bien qu'en état second et dans mon langage je parle de Complicité. Oui et c'est là toute l'ambiguïté : je dois faire mon travail d'enquêteur (J'ai dit TRAVAIL et non pas gagne-pain), c'est à dire filmer, photographier, mais en même temps, je dois m'immerger totalement sinon je ne comprends rien. Ma compréhension vient de ce que j'éprouve, ce qui peut aller jusqu'à L'EPREUVE ou l'affrontement. Comme dans les morgues, il fallait que je touche, que moi aussi je coupe... toujours ce double aspect, cette double attitude, constante.

(la Complicité se met à aboyer dans la vidéo)

Regarde, elle devient un animal. L'animalisation est l'une des premières phases de la Cérémonie. Joice et moi avons été en cérémonie pendant une année au moins. La durée de la complicité est variable évidemment selon l'authenticité.

Où l'as-tu rencontré ?

Par hasard. J'étais en train d'écrire une pièce de théâtre (« Armada »), et en m'intéressant au milieu des comédiennes (car elles sont toujours prêtes pour les audaces) j'ai rencontré Joice, qui était en stage à Paris pendant 2 ans. A l'époque les cérémonies avaient déjà commencé, elle a tout de suite été d'accord. Le cadre reste le suivant : RECHERCHER L'ETAT SECOND SANS ALCOOL NI DROGUE SEULEMENT A PARTIR DE LA FORCE DE SOI QUI SE DEFINIT EN CHEMIN EN GARDANT A L'ESPRIT QU'IL NE S'AGIT PAS D'UN ENGAGEMENT SENTIMENTAL MAIS D'UN ECHANGE DE FORCES. Joice (Aglaë Brondani) s'en est servi dans son mémoire. Au Brésil elle monte des pièces de théâtre avec une troupe de clowns contemporains, plutôt cruels et malicieux. Nous avons aussi beaucoup composé de musique (ou d'espaces sonores, mise en scènes de sons à partir de sa voix et de ma BANQUE SONORE – la somme de mes enregistrements : compositions acoustiques, recherches rythmiques, versions électronisées, captures urbaines, captures en milieu sauvage, d'animaux, enregistrements de conversations téléphoniques d'anonymes par scanners-audio, captures de cris, de transes, d'émeutes,... ) ensemble. Elle me racontait ses rêves particulièrement symboliques peuplés de chevaux verts, de lettres d'or, de jungle d'encre, elle m'a raconté un rêve où dans la peau de son clown « Umbogolina » elle accrochait tous les lits des hôpitaux avec une chaine et tirait les lits vers le fond de l'océan.

Détail de LOGIQUE INTERNE : à l'époque je travaillais dans un hôpital psychiatrique en tant qu'intervenant artistique. Je devais soi-disant apprendre aux malades mentaux à tenir un pinceau ou un appareil photo. Au bout d'une semaine j'ai conseillé à la direction de transformer les patients (que je nommais LES PRISONNIERS DU FEU) en cinéastes. Ils seraient les acteurs, les producteurs, les scénaristes… Leur spontanéité valait un trésor. Je canaliserais. On m'a dit d'accord (il faut noter que dans toutes mes investigations il se déclare une PART DE MIRACLE qui m'est bienveillante en regard de ma profonde innocence devenant rapidement visible, ainsi dans les morgues n'avais-je pas été surnommé « Le Papillon » par le personnel constatant ma façon légère et tournillante d'aller d'un cadavre à l'autre, photographiant à l'aveuglette). De déclarer à ceux que j’appelais aussi « mes amis » que nous étions devenus les cinéastes autoproduits d'un asile de fous. Prendre chaque genre de cinéma, western, espionnage, science-fiction, romance, etc. Et lancer un film sur le genre. Par exemple aujourd’hui un western, qu’est-ce-que vous faites ? Les Prisonniers du Feu partaient comme un seul homme  ! Ils fabriquaient des pistolets en papier, se déguisaient, se maquillaient , improvisaient les répliques . Je filmais en activant une situation amorcée jusqu'à son développement. Et les femmes du saloon. Le traitre. Le tueur. Le goût du sang.

(Nous regardons l’extrait de la vidéo qui est en train de passer)

C’est pendant une séance que j’ai appelé « Autoportraits ». Les Prisonniers du Feu me parlaient de leur passé tortueux ou fade. Altérations mentales, mort de l'indépendance, sauf pour les rois. Cette séance s'est répétée trois fois.

Tu vois un extrait à la morgue, il a 10 ans et ce film-là (les fous) doit avoir 4 ans. Dans mes montages je passe d'une époque à l'autre.

Comment décides-tu de les monter ?

C'est intuitif, cependant je ne crois pas à la chronologie dans un corpus personnel qui se déclare une oeuvre ailleurs. Le corpus possède sa propre logique, son langage et évolue dans sa propre dimension du temps. Ceci doit être accepté. La compréhension reste suspecte par rapport aux empilements de l'éducation.… Ce que je fais se correspond. Que ce soit les cérémonies, la forêt, la morgue, les animaux domestiqués, le traitement du déchet, les différences mentales…Tout est ensemble et finit par se croiser, s’entrecroiser. Et si je vois que ça manque de croisements, je combine, découpe, recombine. Il faut aussi que je me perde dans mon corpus, que je laisse un intervalle libre à l'accident, que je ne m'habitue pas à la vie, que la familiarité n'engendre pas le mépris du miracle. J’ai pris des points névralgiques que j’ai associé entre eux.

Et ce qui gène dans mes expositions ou qui parfois scandalise c’est que je juxtapose des domaines qui d’habitude ne se rapprochent pas (j'accroche souvent sur de grands murs des mosaïques de photographies, dessins, textes). Par exemple mettre la photo d’un mort à coté de la photo d’une femme qui entre en transe, le public, les spectateurs, les visiteurs, comme tu voudras, voient de la provocation, pourtant il n’y aucune envie de faire du scandale ni de choquer. Mettre en évidence des névralgies interdites qui étoilent une myriade de questions qui sont elles-même la libération plus qu'elles n'attendaient à être libérer est certes violent, c'est un mouvement violent mais irrésistible, beau parce que la beauté demeure violente et inconfortable puisqu'elle pousse à se transformer soi-même pour l'accepter, elle.

Et ça t’embête ce côté provocateur qu’on croit sentir chez toi ?

Je ne suis pas provocateur. Avant l’an 2000 je n’avais jamais rien montré à personne (sauf aux Complicités). L'anonymat m'a offert la liberté du secret et la disposition de nombreux éclairages En l’an 2000 je me suis décidé, probablement poussé par la présence presque monstrueuse des mes archives (qui portent aussi un nom, « Tolle, lege ! ») avec ce million dépassé de photographies, ce million de dessins, ces 500 heures de vidéo, etc. Donc mon véritable concubinage se fit longtemps avec mes archives.

A ma première exposition les réactions me rendirent perplexe et me firent comprendre que j'allais manipuler du feu (on a d'ailleurs dit de mon premier livre « Parts pour l'âme-chaudron » qu'il « brûle l'oxygène de l'air »). Promesse de souffrance pour eux et moi. Il n’y a aucune volonté de provocation chez moi, aucune envie de faire des esclandres ou de choquer . Il y a énormément de questions et très peu de problèmes. Les problèmes font souffrir. La mort est un problème, la végétation aussi, l’altération mentale, de même que le déchet, la domestication, la transformation, l'instabilité, etc. Quand je veux dresser des ponts entre les problèmes (par les images par exemple) je lance une attaque exceptionnelle contre l'organisation ordinaire donc je crée de la souffrance.

Parce qu'un film comme ça, c'est-à-dire passer sans arrêt de la folie à la mort, de la mort à la transe, de la transe à la forêt sans aucun lien narratif, sans aucune intention de narrer, cela ne coïncide pas avec les nécessités du monde ordinaire. Mais justement s’il y a bien une fonction de l’art , elle se manifeste. C’est que l’art n’a absolument pas à explorer le monde ordinaire. La critique sociale, la critique historique pour moi c’est totalement étranger à l’art. Quand je vois les photos qui contestent l’ordre social, je m’en moque, ce n'est pas sous cet angle qu’il faut attaquer, il convient de bretter par les soubassements.

L’impact scandaleux que je peux avoir quelques fois vient de là, il vient du fait que je plante un grand désordre et je le réorganise d’une certaine façon. Des photographies mortuaires on en a déjà vu, mais c’est le fait de les déplacer complètement pour sortir un danger vers un lieu légiféré comme un sénat romain. D'ailleurs j'emmenais mes dessins et photos à la morgue et je les placais sur les cadavres, et pourquoi ? Pour renouveler la sépulture !

(Sur à la vidéo)

Celui-ci (un Prisonnier du Feu) n’a plus de langage articulé, c’était un boulanger. Il a eu un herpès labial. Il ne  l’a pas soigné, l’herpès est monté à travers son nez dans son cerveau.

Te considères-tu comme un enquêteur ?

Je ne me considère pas comme un artiste au sens que la culture a donné à ce mot. Je suis d'abord un homme étrange. Le mot « artiste » tient plus du folklore culturel et a entériné, peut-être involontairement, la confusion dégradante entre l'art et la culture. L'art n'a aucun but social, moral, sentimental, c'est la voie autre, encore à définir. La culture est avant tout un ensemble de marchandises soumis à des réglementations bien connues.

Mais investigateur, oui ! Je suis un enquêteur qui utilise tous les médiums artistiques. Mais qui les utilise pour ce qu’ils sont. Mes films sont en vidéo. Je veux qu’on voit que c’est de la vidéo. J’utilise de la gouache, je veux qu’on voit que c’est de la gouache. Je trouve que utiliser tous ces procédés techniques c’est donner à chaque fois une vision différente de la réalité et des niveaux de la réalité. C’est très avantageux. Avec de l’encre de chine, il suffit que je rajoute un peu d’eau et je suis passé dans une autre dimension.

(Denis passe une seconde vidéo)

Une cérémonie typique. Avec une autre complicité qui s’appelle Ange, elle avait une facilité à entrer en transe. Rare.

Une complicité ?

Ainsi ai-je donc nommé les femmes qui ont contribué à mon investigation sur les états seconds, « Complicités des cérémonies ». Là j’arrive à la porter et la faire tourner, naturellement, parce que quand deux corps sont près l’un de l’autre, loin de leur personnage ordinaire, ils dansent. Et quand on danse vraiment on se manipule, on se soulève, on se bouscule. Et dans les cérémonies c’est accentué.

Comment proposes-tu à une fille de faire une cérémonie et de devenir une Complicité ? Et comment le sens-tu ?

On chassait jadis pour marcher en silence sous la Lune. Le chasseur érotique et la précision persévérante de l'investigateur répondent sans cesse à la question posée au guerrier des origines cherchant sa voie : « As-tu peur d'avoir peur ou de ne pas avoir peur ? » Il s'agit d'un mode de vie à considérer dans son ensemble. Pour démarrer une investigation, la nourrir, la faire croître et la soumettre à vérification, elle a besoin du nombre. Le nombre doit devenir son allié. L'investigateur y veille. Donc beaucoup d'arbres, beaucoup de lieux, beaucoup de cadavres, beaucoup de trajets, beaucoup de femmes, beaucoup et un tri qui s'effectue par la vertu du mouvement qui surgit du travail souterrain de la recherche. Et dans le nombre (qui est vécu, supporté, éprouvé, je le rappelle)

Des refus ?

Non, j’ai déjà eu des fuites ! C’est-à-dire qu’on va au bout de la cérémonie mais sans suite. Et ayant plus de force que de temps, poursuivant surtout l'exactitude

Mais quand tu leur en parles, que tu leur expliques le principe de la cérémonie de l'état second ? Des refus ?

Non, toutes les femmes auxquelles je propose acceptent, parce que la quête du non-ordinaire, du fantastique vital, du dépassement de soi, de la volonté d'être plus qu'un corps est, je crois, une constante irrépressible. Cette constante je la mets en images et en mots. Elle se matérialise dans les conversations de mes rencontres et le besoin crée l'action. Ainsi d’autres sont venues à moi (à la suite d'expositions, de publications ou par relations). Et c'est toujours l'instant de vérité. Veulent-elles réellement investir leur corps et leur âme dans la trajectoire cérémonielle ? Sont-elles prêtes à admettre le conflit entre « prétendre » et « être réelle » ?

Comment leur expliques-tu ? 

Je leur dit que c’est une recherche de l’état second sans alcool ni drogue. Ca se fait uniquement par le corps. La première partie c’est de la concentration, il faut entrer en soi. La deuxième partie, c’est l’inverse, il faut sortir de soi. Expliqué comme ça c’est schématique ! Mais même pour moi réside encore des parts de mystère parce que c’est comme une initiation. Une première fois cela dure un quart d’heure, une deuxième fois 2 jours, et puis 1an.

Il y a quelque chose d’animal, un peu brutal ?

Brutal , non !

Je vois que tu l'étreins en la filmant de près, comme en elle, tu la fesses aussi !

C’est assez franc. Nous cherchons une progression sans se raconter d'histoire. Et l’art, ça n’a rien à voir avec le social, la morale, le sentimental ! Mais avec un monde qui n’a pas encore été inventé, j'irai même plus, que la vie n'avait pas prévu. Dans ce monde-là, les choses se font différemment, avec moins de frontières. On est en terre étrangère. Dans les cérémonies, apparaît le rapport de l’homme et la femme à partir de l'être et non pas d'après les structures dont ils dépendent habituellement. Je crois qu’ils n’oublient pas qu’ils sont des animaux et cherchent à se rapprocher l’un de l’autre mais avec leurs propres forces sans quémander de gratification sociale. Les rôles dictés sont absents. La force des sources et le mouvement de danses inventées sur l'instant, à contre-corps priment. Sur le chemin des tigres, les guerriers-chiens se fondent dans les arbres.

Et l’aspect sexuel ?

J'ai envie de dire, je ne le dis pas souvent, mais puisque je suis allé chez les morts, maintenant je suis libéré de la mort et quelqu’un qui est libéré de la mort est libéré de la sexualité. Ce mot « sexuel » est comparable au mot « artiste ». Qu’on dise sexuel si on dit après intelligent ! Intelligent et sexuel d’accord. Je suis agacé par la poursuite du plaisir. Je trouve ça sot ! Dans le plaisir se cache le contentement, donc le confort (la première forme de brutalité). Donc la rentabilité. Les artiste rentables sont obéissants. Les amants rentables sont putassiers. Dans la sexualité maintenant ont disparus les ambitieux et les orgueilleux. Les sites de rencontres sur l'Internet sont des places fortes de l'obéissance. Je me sers de la sexualité, non pas comme une fonction, mais telle la chimie de la photographie argentique : cristaux + lumière + révélateur + fixateur + eau + réflexion. Ne pas la laisser aux mains des marchands ou des médecins. Pareil pour la pornographie qui était une expressivité clandestine et qui nous a été volée par les industriels.

Dans la forêt que tu cherches-tu ?

Dans la forêt je cherche tout. C’est tellement mystérieux, j’ai commencé à explorer la forêt il y a environ 15 ans, je ne m’en suis jamais remis. Je ne sais pas, un entier mystérieux est évidemment présent. C'est le « Numineux » comme on disait. Dans ma non-connaissance se love la marque de la connaissance, dès que je rentre dans une forêt la tête me tourne et je tombe. Souvent je me suis évanoui dans la forêt et au réveil il faisait nuit, quant à rentrer par le train... Je fais attention, je n'y vais plus seul (rires). Dans mon exploration de la forêt j’étais persuadé, même scientifiquement, que la lumière ne venait pas du soleil mais des arbres ! Même si par moment je tombais sur une trouée et que je prenais le soleil en pleine figure, je croyais que ces rayons et éclats venaient des arbres. Et dans la forêt j’ai le sentiment d’être chez moi, d’être là où je dois être, d’être complet. Je veux me perdre dans la forêt. Cela ne finit pas. C'est le sens de l'infini qui grandit dans la forêt. J'avais aussi la sensation d'être complet (ou « chez moi ») dans les morgues et plus tard dans le coeur des cérémonies.

Tu te sens à la fois chez toi et perdu ?

A la question « Où habites-tu ? »... Je ne sais pas. Je vais dans des lieux qui sont comme les Animaux auxquels nous avons donné des noms alors qu'ils connaissent leurs vrais noms et les gardent secrets pour toujours. La forêt m’offre l’infini. Le champignon donne aussi accès au parfum de l'infini puisqu'il n'est ni végétal ni animal. Cela se rejoint. La forêt rejoint la cérémonie, mais elle rejoint aussi la morgue. J'ai le loisir de passer d’un endroit à l’autre. J'ai amené beaucoup de femmes en forêt, cependant je préfère mon dialogue solitaire avec la végétation. J'aime la compagnie des femmes mais je n'ai pas besoin d'elles.

Je lutte contre les éblouissements. Voir une femme qui a les agréments de la figure, donc attractive engendre des réactions disproportionnées, de plus toutes les « jolies filles » finissent par se ressembler dans un ensemble de critères favorables à la vente. Quand je vois ces agréments bien sûr je suis attiré mais je lutte. Je n’en veux pas. Je méprise la domination qui marche avec la sociabilité. Dans la sociabilité il y a la fausse absence d’inquiétude. Des modèles dominants tentent de prouver que « ça va passer », alors que « personne ne bouge et tout le monde attend que ça se passe » ; ou que « c’est la vie » alors qu'en réalité « c'est les autres ». La vie est parfaite en tant que force. La pollution peut incarner l'anéantissement. Rien ne changera, la vie sera encore là et la race humaine aura disparu.… L'acceptation donne une lecture sans accuser les lacunes.

J’ai du mal à représenter le visage. Les corps en mouvement, les corps soumis à la transformation naturelle et accidentelle, des géographies corporelles, oui. Mais le portrait fait ficelle, sauf avec les malades mentaux qui sont comme les grands acteurs : ils se moquent de leur profession et sont narquois. Dans mon premier livre, sur 500 photographies il n’y avait pas un seul portrait, et on me l’a reproché. On m’a dit que ce livre en couleurs n'était pas « très humain ». Certainement puisque je m'intéresse d'abord à la non-humanité. Sur la majorité des couvertures de magazines on trouve des visages féminins ; c'est paresseux. En contre-sens, je deviens délinquant. Quand le public regarde mes vidéos je veux qu'il soit sous traitement, c'est-à-dire qu’il reçoive un remède qui est aussi un poison, et selon le double serpent, le poison qui est aussi le remède. L’art anodin est coupable L’art fait mal. Il épouvante les évidences. Montrer qu’une rose est une rose, c'est le rôle du jardinier.

Certes, j'ai un travail de sape à accomplir. Il concerne les places fortes, le cautionnement, la loi du spectacle, la justice sans réconciliation,... Et je suis le défenseur de la vengeance de l'esprit.. Mais pas de front, je n’y arriverais pas, l'ennemi a trop d'alliés. Non, je vais faire comme les rats, je vais attaquer par en dessous et remonter, créer des failles avec une espèce de sécrétion, un sperme d'un genre nouveau qui va s’écouler. Tout à l’heure on disait que je ne voulais pas choquer, c’est vrai, quoique mon sens de l'épouvante soit bien développé. Je veux utiliser ce que les Grecs antiques appelaient le « paracinéma ».la traduction est« le dérangement ». Je ne fais pas du cinéma, je fais de la vidéo-paracinéma.

A propos de la sexualité. Mes montages peuvent montrer des scènes explicites. Je trouve qu’on en fait tout un plat parce que les images explicites ne nourriront jamais assez. Etant donné que l'industrie les a codifiées au fer rouge, les industriels ne tueront jamais la poule aux oeufs d'or et continueront leurs élevages intensifs de spectateurs, d'hommes rangés et de femmes propriétaires J’ai voulu montrer des photos explicites dans un livre et je suis tombé devant de pauvres demi-mesures qui n'allaient pas renouveler les sens. Pendant les cérémonies de l'état second, je fais des images explicites mais je ne sais pas encore comment les montrer En vidéo, avec le montage, si j’alterne mettons une scène explicite et une image de la morgue, chaud-froid, ça peut aller. Une fois en exposition j’avais installé des mosaïques gigantesques avec que des grandes photos punaisées les unes à coté des autres , oui, je pouvais montrer des photos explicites parce qu’elles étaient conduites par les autres.

Ce qui m’avantage c’est que pendant des années je suis resté vierge de tout regard. Je ne montrais rien, je faisais ce que je voulais, je n’étais jugé par personne. Puis, lorsque j’ai décidé de montrer, ma créature dévoilée était déjà complète, le public a été obligé d’accepter l’entier.

Je crois nonobstant que la diffusion artistique est couarde. Trouver des financements, des moyens intéressants de diffusions. Des interlocuteurs valables, néant ou presque. J'ai besoin d' une solution originale pour diffuser ma créature. Par moi-même L'affaire reste la confiance, pas le jeu. Un jeu inspiré par les marchands qui a incrusté une seule entrée et une seule sortie. En fait les marchands ne sont les auteurs d'aucun jeu. Tacite dans ses « Annales » les accusait de vols et d'autres crimes. Tacite, dont Victor Hugo disait qu'il était dangereux pour l'autorité.

A demi-convaincu je me suis installé sur internet. Blogs, sites, galeries, groupes. (d'ailleurs proteord@yahoo,fr) C'est pratique. Archiver, faire des expériences, le courrier, comme ce matin, deux photographes qui m’ont écrit parce qu’ils ont vu une des mes photos sur une galerie. Le premier a vécu en France et a eu des tracas avec l’armée américaine et en rentrant chez lui il apprend que parmi ses anciens amis, plusieurs s’étaient suicidé.... A la fin de sa lettre et il me dit « La prochaine fois que vous allez dans une morgue, emmenez-moi avec vous. » Je lui ai répondu, que je n’ai pas mis les pieds dans une morgue depuis 12 ans. Les photos restent. Un autre m’a raconté qu’il avait eu un accident sérieux de voiture 22 ans auparavant et. Quand il a vu ma photo de l’intérieur d’une vache ouverte ; elle l'a replongé dans l'horreur de la mort (surtout dans l'horreur de la sienne) ; il me demande de faire attention parce que, si lui comprend, il se peut que d’autres ne comprennent pas.

Cette photo fait partie de mon enquête sur la domestication des animaux. A partir d'une clinique vétérinaire où j’étais resté 2 ans ensuite (comme je trouve qu’il y a une surprenante logique avec une activité mystérieuse qui génère ses propres mouvements), j’ai tout de suite été admis dans un village de résidences d'artistes au à la campagne qui m'offrait tous les aspects de cette domestication, de la naissance à la mort. D'une ferme à l'autre je demandais de m’appeler à chaque naissance d’animaux. Et donc pendant 3 mois je fus le témoin de dizaines de mises bas. Je me suis demandé quel est la destination d'un animal d’élevage meurt de maladie ou par accident. L'animal défunt est emmené chez l’équarrisseur. L’équarrisseur pour se payer, prend la peau de l’animal. Si l’animal meurt de maladie, le vétérinaire demande une autopsie. L’équarrisseur ouvre la vache et le vétérinaire étudie. En photographiant les quatre estomacs de la vache, mon interprétation fut instantanée : le temps s'étalait devant, à mes pieds ans une flaque brunâtre, pendant un mois avec un équarrisseur artisanal qui travaillait au couteau, qui me parlait de parachutisme, qui s'appelait François et que j'avais surnommé « Saint-François ». Les photographies des mises bas et des l'équarrisseur ont été exposées pendant l'été 2000 dans une chapelle, près de Vichy.

Je me suis intéressé à un moment aux êtres monstrueux c’était pour moi une évidence, mais j’ai stoppé cette investigation parce qu’il y avait énormément de complications dans le fait de les photographier, de faire sortir les photos et de les montrer. Je me suis retourné vers les instituts qui soignent et éduquent socialement des personnes qui sont extrêmement différentes. J’ai eu les autorisations des tuteurs mais je n’ai jamais utilisé ces photos, je ne sais pas pourquoi, j’attends. J’attends parce que, d’abord je ne suis peut-être pas satisfait des photos que j’ai faites. Et j’attends de faire cette investigation de manière beaucoup plus cérémonielle et moins photographique. Ca n’a duré qu’une année, et une année ce n’est pas assez. Avec les malades mentaux je suis resté 4 ans.

4 ans en tant qu’intervenant artistique dans un hôpital psychiatrique ?

Oui.

Et comment t’es-tu retrouvé à faire des films avec des fous ?

Je manquais énormément d’argent, comme d’habitude, et j’ai décidé d’aller pour la première fois de ma vie à l’ANPE. Donc je lis un papier accroché au mur , une annonce « morgue cherche commis », je me dis que c’est dans mes cordes, et juste à coté « hôpital cherche intervenant artistique ». Je postule aux deux, et les deux me disent oui. Je passe l’entretien de la morgue. Et je passe l’entretien à l'autre hôpital. Avant d’entrer je vois une grande banderole affichée sur les grilles avec écrit « Non à la fermeture de la morgue ». Or il se trouve que mon investigation de la morgue pour moi était close, j’ai vu un signe. Je me suis dit, si là on me dit que la morgue va fermer c’est qu’il faut que j'entre ici. Et c’est comme ça que je suis entré comme intervenant artistique. J'ajoute que le jour de mon rendez-vous avec la DRH était un jour de grève générale des transports. J'habitais Paris, l'hôpital se situait en lointaine banlieue. J'ai marché pendant 4 heures aller et 4 au retour. Marche qui me fit expurger tout alourdissement et me vit arriver pur et plus fort pour ma nouvelle investigation.

En général quand une investigation démarre, elle démarre simplement et souvent, j’ai de la réticence à y croire, avec un signe du sort. Le sort dit « c’est par là qu’il faut que tu ailles maintenant ». Et faut saisir l’occasion tout de suite et dans les cérémonies je le disais aux Complicités. J’en parle au passé parce que pour moi c’est presque du passé maintenant, j’ai fait le tour des questions auxquelles je voulais répondre concernant l'état second. Je fais moins de cérémonies. Quoiqu'une exposition peut être considérée comme une cérémonie !

Quelles questions ?

Les questions que j’ai consignées par écrit. Il faut que je m'intéresse à la publication de mes écrits. L'écriture a le pouvoir de clarifier. Questions sur la transfiguration, la transformation, l’envoutement… Tout à l’heure je parlais d’éblouissement mais dans l’éblouissement une partie s'appuie sur l’envoutement, la dépossession du jugement. Ne supportant pas une telle situation, je veux savoir pourquoi je suis dépossédé de mon jugement, si c’est de la panique, le fait que j’ai été éduqué ainsi. Toujours ce dédoublement qui fait que je me laisse aller et en même temps je me demande pourquoi. A mon avis c’est la source de tout ce procédé de l’investigation : je me demande si c’est mon être qui est là ou si c’est juste le personnage. Le point de départ c’est toujours la recherche de quelque chose qui se tient caché, une connaissance occultée. La connaissance nous est due et l’industrie fait tout pour nous l’enlever. Un écran demeurera une somnolence. Donc il se trouve cette connaissance qui nous est due et pour trouver cette connaissance qui nous est due, il faut se faire violence parce qu'il faut aller dans des lieux inconnus, rencontrer des êtres avec lesquels il n’y a pas forcément d’affinités, mais l'impératif de connaissance dit de le faire et c’est là qu’on sent l’étincelle. On va chercher les moyens pour trouver ce qu’on nous a enlevé et pourquoi on nous a spolié. Je veux retrouver le trésor qu’on m’a enlevé. Et au plus précieux : trouver les choses qui n'ont pas d'origine.

Actuellement je suis sur deux nouvelles investigations qui à mon avis seront les dernières parce que comme je fais le tour des questions, je dois m'attendre à faire le tour des investigations. Et mon corpus sera clos.

Et ces deux investigations concernent l’entreprise en tant qu'un entité quasi organique (cependant plus mécanique qu'un organisme naturel) et l'Internet. Alors Selon deux axes : les rapports entre les formes de l'anxiété et l’entreprise ; et les rapports entre la chair et l'Internet. Par le biais des formateurs j'essaye de m'introduire dans les entreprises et cette investigation a commencé rapidement. Kafka avait raison, le Marquis de Sade avait raison, La servitude ruine l'être. Ce que j’ai appris jusqu'à maintenant me stupéfie. Et en même temps ça donne toute sa valeur à l’investigation. Et dans la deuxième investigation concernant la chair et internet, c’est un médecin qui voulait écrire un manuel sur les femmes qui utilisent les sites de rencontres. Il m’a envoyé son « manuscrit » de 30 pages où il y avait un embryon et j’ai accepté de faire la réécriture à condition de développer librement une véritable investigation. Cela porte plus sur internet que sur les femmes. Le médecin donc me produit pour que je m’inscrive sur des sites et que je rencontre des femmes. L'infiltration de l'enquêteur s'adapte selon le lieu ! L'Internet est un grand pourvoyeur de dématérialisation. L'avatar est une chimère. Ce qui m’intéresse pour l'instant (l'investigation débute) c’est comment s'effectue le passage de la dématérialisation à la phase de rencontre réelle, dans le concret, de rematérialisation. Ce que j'ai pressenti c'est que cette rematérialisation sera toujours incomplète ou bien mutagène parce que le gigantisme social et culturel de l'Internet se porte garant de la procédure dont homme et femme ont déjà accepté les règles. Mais j’attends avec impatience cette phase ! T’ai-je dit que le rire a beaucoup d’importance pour moi ? Je me souviens que les malades mentaux et moi riions tous les jours. Il fallait gagner leur agonie mais aussi leur inventivité était digne de la puissance comique. Dans les morgues aussi on riait beaucoup surtout parce que le personnel était certain de nager dans l'absurde en mangeant le midi assis sur des cercueils !

Les investigations conduisent dans des lieux qui ne sont pas conscients de leur importance. Les hommes qui travaillent dans une morgue ne réalisent pas du tout l’importance de ce lieu, sa dimension sacrée, pour eux c'est juste un lieu de travail. Dans les lieux d'investigations il faut souvent utiliser une méthode d'agent secret. C'est la technique des couvertures, se fondre dans le décor, passer pour quelqu'un d'autre et par en dessous faire ce qui doit être fait. C'est difficile, c'est dépenser beaucoup d'énergie. Il vaut mieux trouver des alliés. Dans l’hôpital psychiatrique, j'en ai fait une complicité de la chef de service, ce qui m'a assuré une marge d'action.. Elle m'a défendu quand j'ai introduit la recherche des états seconds dans l'hôpital psychiatrique puisque tout se croise. A l'occasion du « film de jungle », une tribu fait une cérémonie, pour commencer la cérémonie par un chahut. Je leur ai distribué à tous des tambours, des casseroles, ils criaient, l'hôpital en émoi, les aides soignants voulaient distribuer des calmants, et mon alliée est intervenue pour me défendre et elle l'a fait à de nombreuses reprises.

Je viens d'une formation scientifique (la chimie) et ce qui reste impossible à expliquer, je le considère comme c'est trésor. C'est ce qu'on appelait le « Mysterium ». J'ai un compte à régler avec le Mystère. Et seul le Mystère qui me juge.

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09 février 2009

CECI EST UN NU CONTRAIRE

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23 janvier 2009

Cérémonie !

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28 décembre 2008

la projection du cri

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13 décembre 2008

Ceci se nomme "SUBLIMATION"

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12 décembre 2008

chercher la grâce, chercher une incarnation, dater toutes mes adorations car une adoration est toujours localiser dans le temps

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06 décembre 2008

COMBIEN DE CEREMONIES ? CELA DOIT ETRE INFINI.

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CECI EST UN NU CONTRAIRE

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