Denis Protéor

Une oeuvre est un organisme puis une créature qui apporte des éléments nouveaux pour tenir la main de son auteur face au Mystère.

26 mars 2009

img785xx

Posté par proteor à 14:53 - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 mars 2009

TEXTE DE PRESENTATION POUR ARTPARIS 2009 / DEVENIR UN ENCHANTEUR PAR DENIS PROTEOR

DEVENIR UN ENCHANTEUR

Denis Protéor, Février 2009,

Qu'est-ce que la trahison ? Dans le grand parc celui qui dessine un arbre dans l'extase de la concentration fait reculer la trahison. Il dessine pour son intimité à laquelle reste lié le grand Dehors. Et qu'est-ce que le grand Dehors sinon l'aller-retour permanent Hollywood-Rwanda ? Le seul prix à payer est celui d'une existence qui évite le mensonge. Pendant que ce même prix à payer a rémunéré l'architecte des prisons. Et celui qui dessine sait que le dessin lui fournit l'illimité et non pas une évasion car une chose devient une oeuvre d'art quand en son sein, au bout d'un moment, inexorablement elle stoppe la fiction. Donc celui qui dessine n'a pas besoin de s'évader. Il interprête, ne parle pas beaucoup, avare en parole par respect pour l'or de la parole. Il se défie, constatant qu'il ya des juges d'un côté, et des juges intègres de l'autre. Deux espèces. Mais taisons-nous. Voici que surgit dans le grand parc le justicier. Celui qui chasse l'insolence des assassins. Cela n'échappe pas à l'attention de celui qui dessine, qui d'ailleurs sait aussi dessiner les justiciers héroïques dont les spectateurs sont tant avides. Dessiner c'est une surface qui est marqué par une main, c'est la naissance du dialogue adorable entre l'être et la féerie. Le justicier, fier guerrier calme, gentil homme souriant, connait bien la féerie. En effet la féerie, cette présence qui demeure antérieure à tout, silencieuse, puissante, irrésistible. En fait, pourquoi lui résister ! Elle est le seul aliment de l'être auquel aucune structure externe à sa constitution opaque ne convient encore ; je veux dire ni la crainte de la souffrance, ni le bon vouloir de l'avoir public, ni les morts fous de signalisation et de signification, ni la cruauté endémique des édifications. Evidemment celui qui dessine a l'air d'un enfant ! Oui, mais d'un enfant retrouvé ou résistant qui demande des comptes sur les évenements spoliateurs de sa part de féerie. C'est donc l'enfant devenu le premier homme et lorsqu'il dessine un arbre, il recommence le dit arbre. Pareillement pour le dessin d'un monstre, d'une bataille, d'une royauté.

Je dessine depuis toujours. Et dans ma prime image natale, le monde m'est apparu. Des souvenirs de ma petite enfance, j'entends des échos : « Il est en train de dessiner ». L'un de mes fondements, comme ma préférence à me déplacer à pied sur la terre et sous le ciel. Je dessine tel que je marche. Et cela ne signifie guère pas à pas. J'utilise le saut et le raccourci. Je me concentre sur des actions essentielles. Mon autodiscipline me pousse vers l'essence. Et je n'ai jamais compté mes traits ou mes pas. D'une ligne je peux donner une saturation de signes développant son propre organisme jusqu'à l'indiscutable, par conséquent jusqu'à la féerie.

On connait mes photographies et on n'hésite pas à me dire qu'avec mes dessins on découvre quelqu'un d'autre. C'est mal voir. L'extérieur est gouverné par la superficialité et le spectacle fait la loi. En vrai ce qui reste appuyé dans mes photographies doit supprimer la distanciation entre celui qui photographie et ce qu'il photographie. Autrement cet écart commun trahirait la voie du guerrier que suit l'homme étrange, le guerrier n'aspirant qu'à devenir le poète. Dans mes trois directions principales et visuelles (à savoir : les arbres sont plus importants que les hommes, la désinvolture envers la mort -surtout la mienne- qui n'est toujours pas elle-même, et se moquer du plaisir qui s'habille de paix sociale et de morale industrielle alors que la recherche de l'extase enrichit les modifications nombreuses de l'héroïsme artistique), je demeure le même en photographiant et en dessinant. Comment ? Premièrement, rendre justice en m'opposant à la loi du spectacle édictée par les marchands ; deuxièmement en suivant le chemin « inscription-message-secret » je dois poursuivre ma distinction entre technique et écriture (gouache, encre, pastel, collage, papier, etc. n'ont d'importance que par rapport à la vie de mon esprit) ; troisièmement je continue à dénombrer les parties de l'enchantement , j'explique que la transfiguration, les jardins de la configuration et les trésors de la récapitulation de la conscience constituent des organes inestimables cependant que le renouvellement de la mythologie donne au nouveau mythographe la validité de la logique de son corpus bien qu'une activité mystérieuse n'a pas vraiment d'image.

Posté par proteor à 08:54 - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
« Accueil  1